Interindustrie

Bilan et évolution de l’alternance dans l’interindustrie

Les alternants représentent 4,5% des effectifs de l’industrie

Après une progression spectaculaire enregistrée entre 2019 et 2022, le nombre d’alternants accueillis dans l’industrie semble avoir atteint un palier. Au 31/12/2024, 133.300 apprentis et salariés en contrat de professionnalisation arpentaient les usines, les ateliers, les laboratoires, les bureaux, les centres de recherches de l’industrie française. C’est 36% de plus qu’en 2020 ! Les alternants représentent désormais 4,5% des effectifs de l’industrie, soit près d’un salarié sur 20. Toutes les entreprises ont-elles contribué à cet effort de recrutement massif ? Qui sont ces alternants qui ont donné un coup de jeune aux effectifs ? Ont-ils répondu aux besoins de main d’œuvre exprimés par les entreprises ? Quels organismes et quelles certifications ont porté cette évolution ? L’étude Bilan et évolution de l’alternance dans l’interindustrie livre des pistes de réponses à ces vastes questions.

Près de 95 000 contrats signés en 2024

Sur l’année 2024, 82 600 contrats d’apprentissage ont été signés, soit autant qu’en 2023. En revanche, le nombre de nouveaux contrats de professionnalisation a reculé de 20%, passant sous la barre des 12 000. Rien de très surprenant à cette pause pour l’ensemble des dispositifs en alternance, qui succède à l’explosion des années 2019 à 2021, consécutive à la réforme de l’apprentissage. Pesant désormais 4,5% des effectifs de l’ensemble de l’industrie, les alternants ont doublé leur nombre sur les quatre dernières années dans certains secteurs d’activité comme ceux des industries de la mode et du luxe : Bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, horlogerie, Maroquinerie, Habillement, Couture parisienne. Dans ces branches professionnelles, les alternants représentent désormais 7% à 8% des effectifs. C’est également le cas dans la Fabrication de l’ameublement et les Services d’efficacité énergétique.

Une minorité de TPE très actives sur l’alternance

En 2024, 24.600 entreprises industrielles accueillaient un alternant, soit 13% de plus qu’en 2020. Une augmentation bien plus faible que celle du nombre d’alternants sur la même période (+36%). Ainsi, l’augmentation semble-t-elle avoir été moins portée par des entreprises nouvellement converties à l’alternance que par celles, déjà convaincues, qui ont augmenté le nombre de leurs alternants.

Au cours de l’année 2024, seules 28% des entreprises ont eu recours au dispositif. Chez les TPE de moins de 10 salariés, ce taux tombe à 15%. Mais si 85% des TPE sont passées à côté de l’alternance, il serait totalement erroné de penser que le dispositif est boudé par les petites entreprises. Au contraire, celles qui recourent à l’alternance le font massivement. En effet, la part des alternants dans les effectifs totaux des TPE s’élève à 8% contre 4,5% pour l’ensemble des entreprises. Cette tendance est particulièrement marquée dans la Fabrication de l’ameublement, et la Bijouterie, orfèvrerie, joaillerie, horlogerie où la part des alternants dans les effectifs des TPE dépasse les 15%.

L’alternance au cœur des enjeux de recrutement ?

Malgré la forte hausse des dernières années, le profil des alternants n’a que peu évolué. L’âge des apprentis de l’industrie demeure stable : 21,5 ans en 2020 et 21,7 ans en 2024. Ceux-ci sont plus âgés que la moyenne et préparent des diplômes plus élevés. Le niveau 7, Bac+5 et au-delà, concerne, en 2024, 43% des apprentis. De fortes variations apparaissent toutefois d’une branche professionnelle à l’autre.

La majorité des alternants se forment à des métiers de la Production, conception, maintenance et logistique. Sur les dernières années, les fonctions Tertiaire, support sont restées stables à 40% (contrats d’apprentissage et de professionnalisation).

L’étude a cherché à dépasser ces grandes catégories en s’intéressant aux enjeux propres à chaque branche professionnelle. Chacune a défini les certifications « cœur d’activité », correspondant à des besoins jugés prioritaires, et celles jugées « interindustrielles ». C’est ainsi que le BTS maintenance des systèmes a pu être classé parmi les certifications interindustrielles par excellence. Cette classification est un outil précieux pour évaluer la réponse apportée par l’alternance aux enjeux de recrutement de chaque branche professionnelle. Globalement, 30% des alternants convoitent des certifications considérées comme « cœur d’activité » tandis qu’une part équivalente se consacre à des formations interindustrielles. Les 40% restant correspondent aux activités secondaires des entreprises industrielles.

Des certifications d’importance stratégique

Les diplômes les plus fréquemment visés par les alternants sont ceux qui valident des compétences transversales : maintenance, électrotechnique, ou encore fonctions administratives et commerciales. L’étude a rassemblé ces diplômes dans la catégorie des certifications « piliers » qui concernent la plupart des branches professionnelles, mais ne sont considérées comme « cœur d’activité » que par une fraction minoritaire. À l’opposé, les certifications « niches » regroupent les formations spécialisées comme le Master Sciences du médicament et des produits de santé ou le CAP Maroquinerie considérés comme « cœur d’activité » par la quasi-totalité des quelques branches professionnelles qui y recourent. Entre ces deux catégories apparaît une troisième, plus surprenante, formée par une vingtaine de certifications « stratégiques industrielles ». Y figurent quelques formations généralistes consacrées à la conception de produits et aux procédés industriels. Mais cette catégorie est surtout constituée de formations qu’on aurait pu croire, à tort, cantonnées à seulement quelques secteurs. En effet, des formations en chaudronnerie, en mécanique, en menuiserie, ou encore en ingénierie de la santé concernent près de la moitié des branches professionnelles et sont jugées « cœur d’activité » par une large majorité d’entre elles. Une information qui interroge la notion de compétence interindustrielle. C’est tout l’intérêt de cette étude que de préciser les connaissances, de donner de la consistance aux intuitions de terrain mais également d’ouvrir de nouveaux champs de réflexion de nature à améliorer les politiques en faveur du développement de l’apprentissage.