Etude prospective sur la maintenance industrielle ferroviaire du matériel roulant
Les nouveaux défis de la maintenance industrielle ferroviaire
Menée dans le cadre de l’EDEC (Engagement du Développement des Emplois et des Compétences) de la filière ferroviaire, cette étude vise à dresser un état des lieux de la maintenance ferroviaire et à évaluer les impacts à 10 ans sur l’activité, l’emploi, les besoins en compétences et la stratégie à adopter.
La maintenance ferroviaire recouvre l’ensemble des interventions visant à maintenir en bon état de fonctionnement le matériel roulant.
En France, cette spécialité, majoritairement prise en charge par les opérateurs ferroviaires, eux-mêmes, s’ouvre désormais à des acteurs tiers (constructeurs, spécialistes, sous-traitants, loueurs,…) sous l’effet d’évolutions structurelles et réglementaires du marché.
Un secteur très spécialisé à fort potentiel
La maintenance ferroviaire vise à garantir la sécurité, la disponibilité et la performance des trains. Elle concerne aussi bien les opérations de surveillance sur les trains en circulation ou l’entretien courant effectué dans les centres de maintenance que les rénovations plus lourdes réalisées à mi-vie. Ces dernières interventions, plus techniques et spécialisées, comportent des réparations importantes de pièces, ou des opérations de transformation et de modernisation.
Les métiers de la maintenance ferroviaire stricto sensu concernent environ 17 000 salariés : opérateurs et techniciens de maintenance, spécialistes des systèmes de freinage, responsables et ingénieurs de maintenance. Parmi eux, seuls 1750 relèvent de la branche professionnelle Métallurgie. En effet, l’essentiel de la maintenance – 90% – est actuellement portée par les entreprises ferroviaires. Les 10% restant se partagent entre constructeurs, équipementiers et prestataires spécialisés. Dans le reste du monde, cependant, une part bien plus importante du marché de la maintenance, comprise entre 35% et 60%, est prise en charge par des entités extérieures. Au total, ce marché équivaut à 30% du marché du matériel neuf. C’est donc un secteur à fort potentiel qui intéresse les constructeurs.
Des évolutions technologiques et compétences mesurées et progressives
Les transitions écologique et numérique ne sont pas sans impact sur les activités de maintenance ferroviaire. Ainsi, l’étude examine-t-elle les effets sur l’évolution des métiers et des compétences que pourraient avoir différents facteurs. Par exemple, la fabrication additive (« impression 3D ») pourrait s’avérer pertinente pour disposer en temps et en heure des pièces détachées, et ce, en réduisant les contraintes liées au stockage et aux approvisionnements. Le recours à la maintenance prédictive, les problèmes liés à la cybersécurité ou la nécessaire adaptation au changement climatique, et aux enjeux de reconditionnement, sont analysés. Tout comme les nouveautés liées au développement des motorisations électriques et des mobilités légères. Mais toutes ces transformations ne devraient finalement pas engendrer de transformations fondamentales dans les gestes métiers, particulièrement chez les opérationnels. Emerge toutefois la nécessité d’intégrer de nouvelles compétences spécifiques liées aux outils digitaux, à l’environnement de travail sous haute tension, au respect de nouvelles procédures ou encore à l’évaluation de risques émergents. L’étude souligne également que les évolutions les plus significatives n’auront d’impact en matière de compétences qu’à moyenne ou longue échéance.
L’ouverture à la concurrence pourrait changer la donne
En terme qualitatif, l’offre de formation et de certification est jugée globalement adaptée aux exigences du secteur. Elle le restera sous réserve de mises à jour qui ne bouleverseront pas les programmes, et d’intégrer des spécificités propres au milieu ferroviaire comme la réglementation ou les équipements spécifiques par exemple. L’évolution des besoins quantitatifs est beaucoup plus incertaine. En effet, en tenant compte de l’évolution du parc ferroviaire, de différents scénarios de progression du trafic fret et voyageurs, de l’âge du parc, et de l’amélioration de la productivité, il apparaît que les effectifs totaux de la maintenance ferroviaire devraient refluer d’ici 2035. Sans gains de parts de marché, les entreprises ferroviaires de la métallurgie pourraient perdre de 200 à 450 emplois, à cette échéance, sur les 1750 salariés qu’elles comptent actuellement. Or, si, en 2035, 20% de la maintenance sur le transport de voyageurs venaient à être attribués aux entreprises de la Métallurgie, celles-ci devraient alors créer 1 500 postes pour faire face à cette hausse de l’activité. Ainsi, toute la question revient à savoir si l’ouverture à la concurrence et l’arrivée de nouveaux acteurs bénéficieront, comme c’est le cas dans les autres pays européens, aux constructeurs et spécialistes de la maintenance.