Reconversions professionnelles des bénéficiaires du PTP dans l’industrie
Les reconversions depuis et vers l’industrie : une étude inédite menée en partenariat par Transitions Pro et OPCO 2i
Face aux difficultés de recrutement, la fidélisation des salariés et l’attractivité sont considérées comme des priorités stratégiques par une majorité d’employeurs de l’industrie. La reconversion leur apparaît comme une réalité ambivalente : lorsqu’elle entraîne des départs, elle représente une perte de compétences et un défi à gérer ; lorsqu’elle conduit à des arrivées, elle devient au contraire une opportunité et une source de nouveaux talents. Dans les deux situations, les entreprises ont besoin de données et d’analyses pour s’adapter efficacement. Cette étude répond à ce besoin. Issue d’un partenariat fructueux entre Transitions Pro et OPCO 2i, elle porte tout particulièrement sur les salariés ayant achevé un Projet de transition professionnelle (PTP) en vue d’un changement de métier. Elle offre donc une photographie d’un public spécifique, dont la composition est orientée par les critères d’éligibilité de ce dispositif.
Reconversions depuis et vers l’industrie : un jeu à somme nulle ?
Sur les 35 000 bénéficiaires d’un PTP en 2022 et 2023, 3 200 travaillaient dans une entreprise relevant d’OPCO 2i. L’industrie est ainsi sous-représentée dans ces parcours de reconversion. En effet, les salariés de l’industrie pèsent à peine plus de 9% des dossiers traités par Transitions Pro tandis qu’ils représentent près de 14% de l’emploi salarié privé. La fuite des compétences semble moins marquée dans l’industrie que dans d’autres secteurs.
Parmi les bénéficiaires issus des entreprises du périmètre OPCO 2i, 61% exerçaient un métier dit « industriel » dans la production, la maintenance ou la conception. Une proportion équivalente à celle de l’ensemble des effectifs de l’industrie. Dans le sens inverse, 3 400 salariés ont choisi une « formation industrielle ». Dans les faits, tous ne rejoindront pas les rangs de l’industrie, les quatre réorientations les plus prisées (Titre professionnel installateur thermique et sanitaire, CAP menuisier fabriquant, CAP ébéniste, Titre professionnel technicien d’installation en confort climatique) pouvant également mener à des entreprises qui ne relèvent pas du périmètre industriel. Dans le grand jeu des chaises musicales de la reconversion, un relatif équilibre semble s’installer entre les arrivées et les départs dans l’industrie.
78% des bénéficiaires d’un PTP issus de l’industrie quittent son giron
Parmi les salariés de l’industrie qui décident de changer de métier, un sur cinq reste dans le périmètre industriel, tandis que quatre sur cinq désirent découvrir de nouveaux horizons. Le Titre professionnel conducteur du transport routier de marchandises sur porteur, première certification visée, représente 10% des formations suivies. Même taux pour les formations à l’informatique. À noter que 14% des salariés de l’industrie ont créé leur entreprise après leur formation. Dans le sens inverse, les salariés qui s’orientent vers un nouveau métier de l’industrie viennent d’abord… de l’industrie, à hauteur de 21%. Les salariés qui exercent des métiers du transport routier ou de la manutention sont également les plus représentés, tandis que ceux qui travaillent dans la grande distribution ou le secrétariat choisissent moins l’industrie que d’autres secteurs. L’attrait pour les métiers de l’industrie ou la capacité à se projeter dans un univers industriel varie fortement d’un secteur à l’autre.
Les témoignages recueillis dessinent une tendance sur les motivations des salariés qui choisissent de s’orienter vers l’industrie (sans toutefois pouvoir les mesurer) : le besoin d’un travail concret, le goût pour la technicité du geste, la quête de sens dans la fabrication.
La reconversion : une épreuve au long cours
La reconversion des salariés issus de l’industrie est due, dans 58% des cas, à un souhait d’anticiper ou de répondre à une situation professionnelle jugée délicate dans leur poste (climat ou organisation du travail, risque de licenciement). La décision d’engager une reconversion est donc majoritairement subie, dictée par des évènements extérieurs. Les métiers les plus concernés par ce phénomène : agent de fabrication ou de production, magasinier – préparateur de commandes, cariste. Pour l’ensemble des salariés ayant réalisé un PTP, la part des reconversions due à une difficulté ressort à 51% soit assez nettement moins.
Les reconversions sont des processus longs et exigeants qui, néanmoins, aboutissent le plus souvent à une solution positive. 97% des personnes réussissent leur examen. Après une formation dite “industrielle”, 61% occupent un poste en lien avec le projet qu’ils ont construit au bout de six mois, tandis que 32% sont toujours en cours de reconversion à ce stade. Seuls 7% abandonnent, contre 9% pour l’ensemble des PTP. Cependant, des différences très marquées apparaissent selon les certifications visées. Les spécialités telles que technicien d’intervention en froid commercial et climatisation ou technicien de maintenance, des métiers en tension, offrent, en effet, des taux de réalisation supérieurs à la moyenne (formations majoritairement suivies par des hommes). Le PTP peut ainsi contribuer, à la fois, à répondre aux besoins en compétences des entreprises et à offrir des métiers porteurs aux personnes en reconversion. À l’instar de l’ensemble des PTP, l’âge apparaît comme un facteur important de réalisation plus ou moins rapide des projets, les personnes de plus de 50 ans étant 38% à avoir mis en œuvre leur projet au bout de 6 mois, contre 70% pour celles de moins de 30 ans.
In fine, 8 salariés sur 10 affirment que la reconversion vers un métier « industriel » a permis d’améliorer leurs conditions de travail. Les critères de réussite : l’intérêt du travail, la reconnaissance des compétences, les responsabilités confiées… loin devant le salaire qui n’a augmenté que pour 45% d’entre eux. Des données qu’on pourrait mettre sur le compte d’une recherche plus forte d’épanouissement dans la sphère professionnelle. En réalité, l’étude ne le dit pas. Pas plus qu’elle n’apporte une conclusion définitive sur les motivations, les représentations ou le contexte qui poussent certains salariés vers l’industrie. Mais elle offre à la réflexion de nombreuses données inédites sur les mobilités professionnelles, qui demeurent un phénomène à explorer.
