Compétences 2030

Quatre grands défis : attractivité, transfert de compétences, digitalisation et transition écologique

La branche Carrière et Matériaux, dont les activités vont des industries extractives à la fabrication de béton, a mis à jour son étude Compétences 2030 afin d’actualiser sa vision prospective et d’intégrer le périmètre Tuiles et Briques au vu du rapprochement en cours entre les deux branches. Le nouvel ensemble compte désormais 67 000 salariés répartis dans 3 000 entreprises.

L’étude met en évidence plusieurs défis à moyen terme – l’attractivité, la digitalisation et la transition écologique – qui devront éclairer les stratégies emploi-formation et politiques RH.

Entre 7 000 et 10 000 recrutements par an attendus d’ici 2031

Dans leur très large majorité, les entreprises de la branche se déclarent pénalisées par le ralentissement de l’activité dans le bâtiment, entretenu par plusieurs facteurs : hausse des prix de l’énergie et des matières premières, contraction des investissements publics, évolution des contraintes réglementaires et du cadre fiscal.

Malgré ces vents contraires, les entreprises des industries des Carrières et Matériaux doivent anticiper les recrutements à venir. Selon les scénarios prospectifs détaillés dans l’étude, entre 7 000 et 10 000 recrutements devront être effectués chaque année d’ici 2031, soit jusqu’à 60 000 embauches, en réponse au turnover mais aussi aux plus de 10 000 départs en retraite attendus sur la période (19% des effectifs ayant plus de 55 ans). Dans le scénario le plus favorable, intégrant une reprise de la construction neuve et des investissements dans les infrastructures, les cinq années à venir pourraient aboutir à la création de 3 150 postes, soit une augmentation des effectifs de 4%. Ainsi, malgré les difficultés passagères, les entreprises doivent-elles non seulement se soucier de leur attractivité et de leur visibilité, mais aussi assurer/renforcer le transfert des compétences, en encourageant les mobilités et les formations internes. Face à un renouvellement générationnel qui s’annonce conséquent, l’étude identifie la sécurisation des compétences clés comme un enjeu crucial.

Digitalisation et automatisation : un impact sur les métiers de production et maintenance

L’automatisation des procédés industriels et l’intégration du numérique dans la production vont faire évoluer les tâches opérationnelles vers des missions de supervision et de contrôle. L’émergence du métier d’automaticien est par exemple attendue pour assurer les fonctions de maintenance. Ces transformations auront pour effet d’augmenter le niveau de qualification requis. Elles devraient également tendre à réduire l’exposition aux risques professionnels mais aussi impacter les besoins en emploi direct pour certaines familles de métiers. À ce jour, les ouvriers qualifiés et non qualifiés représentent 55% des effectifs.

La numérisation et l’automatisation de la production restent un chantier à mener. En effet, seules 35% des entreprises déclarent utiliser des outils numériques pour le pilotage et la maintenance des installations. Un pourcentage qui cache des écarts significatifs de maturité numérique entre petites et grandes entreprises. En effet, les trois quarts de celles qui emploient plus de 50 salariés affirment utiliser ces outils numériques, tandis qu’un quart des entreprises de moins de 10 salariés y ont recours. L’enjeu de la montée en compétences des « petites » structures est d’autant plus crucial que ces dernières sont majoritaires. En effet, 72% des établissements emploient moins de 10 salariés et 68% des effectifs de la branche travaillent dans des établissements de moins de 50 salariés.

La transition écologique : des enjeux multiples

Les industries extractives sont particulièrement impactées par le renforcement des normes environnementales, 70% des employeurs percevant un effet sur leur activité. Les impératifs de décarbonation touchent notamment les entreprises spécialisées dans le béton ; en réduire l’impact carbone nécessite de se pencher sur des produits innovants générant de nouveaux enjeux de coûts, de qualité et de sécurité. D’autre part, la réglementation portant sur la Responsabilité élargie du producteur impose aux entreprises de cheminer vers une économie circulaire en créant une filière de recyclage des déchets de chantier.

Les évolutions des compétences liées à la transition écologique concernent plus directement les fonctions d’ingénierie, de QHSEE, de logistique mais également certains métiers transverses comme les technico-commerciaux. Les formations sur le recyclage et l’économie circulaire sont les plus attendues par les employeurs. En effet, cette activité exige de nouvelles compétences, comme la reconnaissance des déchets, qui exigeront des formations spécifiques. Toutes les entreprises du secteur sont également concernées par la maîtrise de la consommation d’énergie et d’eau dans les processus industriels. La sensibilisation à ces enjeux saillants, qui ne modifient pas fondamentalement les métiers, devra toutefois être intégrée aux formations. Ces nouveaux impératifs engagent les entreprises dans des transformations profondes ; mais elles peuvent aussi devenir un levier pour accroître l’attractivité du secteur et fidéliser les salariés.