Interindustrie Lecture

Panorama emploi, compétences et formation de l’interindustrie en Grand Est

Grand Est : une industrie puissante face à de nombreux défis

Région industrielle historique, le Grand Est a souffert récemment d’une spécialisation sectorielle qui avait fait son succès au XXème siècle. Néanmoins, en dépit des inquiétudes et des mauvaises nouvelles, l’industrie du Grand Est reste puissante, dotée de nombreux atouts et très demandeuse de main d’œuvre. D’ici 2030, elle devra procéder à 44 000 recrutements par an ! Et face aux difficultés conjoncturelles, ses entreprises affichent une volonté marquée de diversifier leurs marchés et d’accroître la performance de leur outil de production. C’est ce que révèle l’étude « Panorama emploi, compétences, enjeux prospectifs et formations de l’interindustrie en Grand Est ». Si l’industrie de la région fait face à de nombreux défis, ceux de l’attractivité et de la formation ne sont certainement pas à négliger.

Une industrie éprouvée mais toujours puissante et importante pour la région

La région Grand Est a subi une baisse de -21,3% de l’emploi industriel entre 2006 et 2023. Contrairement au reste de la France, la région n’a pas connu le rebond post-Covid. Mais l’industrie y emploie encore 258 000 salariés. La part de l’emploi industriel dans l’emploi salarié privé est, dans toutes les zones d’emploi du Grand Est, supérieure à la moyenne nationale (10,8%) ! Dans les bassins d’emploi de Sedan, Sélestat, Saint-Avold, Sarreguemines ou Saint-Louis, l’industrie emploie plus d’un salarié sur quatre. L’industrie est un élément clé de l’identité régionale et un sujet important dans toute la région. Trois départements – Bas-Rhin, Moselle et Haut-Rhin – concentrent néanmoins plus de 50% des effectifs. L’industrie en Grand Est présente en effet de fortes disparités géographiques. La représentation cartographique de son implantation confirme, certes, la présence de l’industrie sur l’ensemble du territoire ; mais elle met surtout en évidence le dynamisme et la domination des zones frontalières de l’Allemagne, de la Suisse et du Luxembourg.

Des entreprises industrielles en quête de diversification

Forte de 60% des effectifs régionaux, la branche Métallurgie domine l’industrie en Grand Est, avec quelques spécialités marquées : sidérurgie en Moselle, mécanique et automobile dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. L’industrie régionale présente cependant une certaine diversité. Les entreprises de la Chimie, les Industries électriques et gazières et la Plasturgie occupent au total 15% des effectifs. Les branches professionnelles Panneaux à base de bois, Cristal, verre et vitrail, Textile et Fabrication de l’ameublement sont, elles, sur-représentées dans la région. Elles pèsent 15 à 20% des effectifs nationaux de leur secteur.

L’étude révèle l’importance du marché automobile, qui concerne 40% des effectifs des entreprises industrielles régionales. Un débouché qui va au-delà des seules entreprises de la branche Métallurgie. Par exemple, environ 40% des salariés des industries de la Chimie travaillent, au moins en partie, pour le marché automobile.

Les entreprises industrielles régionales sont fortement impactées par le contexte économique : 9 sur 10 l’affirment. Face à cette situation, la solution passe par la diversification d’activités vers de nouveaux marchés clients, une priorité stratégique forte pour trois entreprises sur quatre. Cet enjeu dépasse les questions relatives à la performance de l’outil de production, à la digitalisation, à l’innovation ou encore à l’impact environnemental.

Des besoins de recrutement estimés à 44 000 par an d’ici 2030

Même si l’emploi industriel reste orienté à la baisse sur les prochaines années, les besoins en recrutements, tenant compte des départs en retraite et mobilités externes, restent massifs. Ils sont estimés à 44 000 par an d’ici 2030. Le défi est d’autant plus grand que les besoins portent majoritairement sur les familles de métiers Production et assemblage et Exploitation et maintenance, celles-là même où les difficultés de recrutement attendues sont les plus fortes. À noter que ces deux familles concernent 58% des salariés en Grand Est contre 47% dans le reste de la France. Le problème se pose massivement dans la branche Métallurgie où les ouvriers qualifiés (usinage, soudage, chaudronnerie et ajustement, montage et assemblage mécanique) figurent à la fois dans le top 10 des postes à pourvoir en 2024 et dans le top 10 des métiers les plus en tension. Sur ces métiers, la part des recrutements jugés difficiles est compris entre 77% et 85%.

Former les jeunes et les conserver

Le Grand Est dispose pourtant d’une offre de formation abondante, répartie dans tout le territoire : 300 organismes de formation et 1 800 sessions ont été recensés dans l’étude. Jugée adaptée aux besoins par une entreprise sur deux, cette offre couvre assez harmonieusement l’ensemble des départements. Toutefois, dans certains départements comme la Meuse, l’Aube ou la Haute-Marne, les entreprises se montrent plus critiques, notamment parce que l’offre reste concentrée dans les centres urbains.

De plus, certains métiers, comme celui de technicien de maintenance, devraient théoriquement former assez de jeunes pour faire face aux besoins. Or, dans les faits, il n’en est rien. En dépit d’une offre de formation conséquente, les difficultés de recrutements perdurent. Un signe, peut-être, de l’évaporation frontalière des talents. Si la proximité de la Suisse, de l’Allemagne et du Luxembourg semble avoir un effet dynamisant sur l’activité industrielle, elle rajoute également une difficulté supplémentaire dans la gestion des problématiques d’attractivité et de formation.