— Dossier thématique

Quelle est la première région industrielle de France ?

1 octobre 2026

  • Emploi industriel

Créatrice de richesses, d’emploi et de cohésion sociale, pourvoyeuse de réponses aux grands défis de notre époque, l’industrie est un moteur essentiel du développement économique des territoires. Son dynamisme représente un marqueur de vitalité pour les régions. Et plusieurs d’entre elles revendiquent avec fierté le titre de première région de France en matière d’emploi industriel. Alors laquelle est réellement la première ? La réponse à cette épineuse question dépend de la manière dont on mesure l’emploi industriel. Selon le périmètre observé et les indicateurs retenus, le classement varie sensiblement. Au point que 8 régions sur 12 peuvent prétendre au podium ! Voici nos palmarès qui invitent surtout à explorer les différentes méthodes et parcourir le paysage industriel français.

Auvergne-Rhône-Alpes, le candidat de l’Insee (et de Google)

Selon les chiffres de l’Insee (et par conséquent selon les moteurs de recherche et les assistants IA), l’industrie d’Auvergne-Rhône-Alpes employait près de 510 000 salariés à fin 2025, devançant l’Île-de-France et le Grand Est. Cette grande région industrielle a été le fer de lance du mouvement de réindustrialisation qu’a connu la France ces dernières années, avec un solde d’ouvertures et d’extensions de sites industriels très largement positif. Si le Rhône et l’Isère pèsent près de 50% des effectifs régionaux, l’industrie s’y déploie sur l’ensemble du territoire. Dans neuf départements sur douze, elle occupe plus d’un salarié du privé sur cinq. Les entreprises de la branche Métallurgie y emploient plus de 260 000 salariés avec des spécialités locales marquées : le secteur Electrique, électronique et numérique dans la zone de Grenoble, la Mécanique autour d’Annecy et dans la vallée de l’Arve. La Chimie, les Industries électriques et gazières, la Plasturgie ou encore l’Industrie pharmaceutique et le Caoutchouc constituent également des secteurs importants et emblématiques de la région. L’étude de l’Observatoire Compétences Industries parue en 2025 estime les besoins de recrutements de l’industrie régionale à près de 56 000 par an d’ici 2030. De quoi conforter le titre de première région industrielle de France pour l’Auvergne-Rhône-Alpes ?

L’Île-de-France, première région de l’interindustrie en nombre de salariés

Certes, les données de l’Observatoire Compétences Industries confirment l’importance de la Région Auvergne-Rhône-Alpes dans le paysage industriel français. Mais avec plus de 470 000 salariés comptabilisés à fin 2025, la région est toutefois devancée par l’Île-de-France dont les effectifs dépassent les 600 000. Pourquoi cette différence avec les calculs de l’Insee ? Parce que les périmètres diffèrent. Ainsi, l’interindustrie au sens d’OPCO 2i ne comprend-elle pas les salariés de l’industrie agroalimentaire tandis que l’Insee les intègre à ses calculs. Ensuite, l’Observatoire dénombre la totalité des salariés des entreprises de l’industrie tandis que l’Insee prend uniquement en compte les salariés des sites industriels. Cette méthode conduit l’Insee à exclure de ses calculs certains établissements et notamment les sièges sociaux. Or, l’Île-de-France accueille de nombreux sièges sociaux. Les métiers de Gestion, fonctions supports et Achats et vente rassemblent en effet plus de 50% des effectifs sur le territoire. Toutefois, on aurait tort de limiter l’Île-de-France à cet aspect. Car la région est bien un poids lourd industriel, couvert de sites de production et de laboratoires de recherche. En effet, 15% de l’emploi industriel relève des familles de métiers Conception et R&D, et près de 150 000 salariés travaillent dans les fonctions de production et de maintenance. Le recrutement sur ces métiers dits « industriels » constitue d’ailleurs l’un des enjeux cruciaux de l’industrie régionale, révélés dans l’étude publiée en 2025.

Pays de la Loire et Bourgogne-Franche-Comté, des industries qui pèsent dans l’emploi régional

Les deux régions qui se partagent les premières places sont des poids lourds démographiques. Ne serait-il pas préférable de valoriser la part de l’emploi industriel dans l’emploi total pour avoir un classement plus juste ? C’est sans doute l’avis des Pays de la Loire. L’emploi industriel y pèse 15,9% de l’emploi total soit la plus forte proportion en France. Cette région, très dynamique, a récemment « doublé » la Bourgogne-Franche-Comté, région de production historique, dominée par la branche Métallurgie et le marché automobile. Désormais, l’industrie y représente 15,7% de l’emploi total. La Normandie, troisième avec 15,5%, complète le podium. Derrière le trio de tête, les régions Centre-Val-de-Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est dépassent toutes les 14%.

Ce classement s’appuie sur les chiffres de l’Insee. Mais si l’on choisissait le périmètre d’OPCO 2i, c’est-à-dire, notamment en enlevant l’industrie agroalimentaire, on obtiendrait un podium bien différent : l’Auvergne-Rhône-Alpes retrouverait alors sa médaille d’or devant la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire.

Ces chiffres ne permettent donc pas d’identifier un grand gagnant. En revanche, ils démontrent que l’industrie française recouvre une large part du territoire, de manière relativement homogène. Si la moitié Nord et Est du pays abrite les territoires industriels historiques, les régions situées à l’ouest et au sud affichent une dynamique très positive. Ce qui tend encore à harmoniser le paysage industriel français.

Occitanie et PACA-Corse, meilleures progressions des années 2020

Pourquoi dès lors ne pas distinguer les meilleures progressions de l’emploi industriel, plutôt que le
stock ? Ce choix mettrait immédiatement sur le devant de la scène les deux grandes régions du
sud. Depuis la création d’OPCO 2i, en 2019, les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’azur
sont les plus prolifiques. Toutes deux ont vu leurs effectifs croître de +5,4% entre 2019 et 2025.
L’emploi industriel en Occitanie a fortement bénéficié des performances du secteur aéronautique
dont les effectifs dépassaient les 30 000 à fin 2025. De même, la Provence-Alpes-Côte d’azur a profité de marchés porteurs à l’international : la défense, l’aéronautique, le naval ou encore le médicament. En pointe dans les industries de haute technologie, la région est, en parallèle, engagée dans une démarche de décarbonation de ses activités traditionnellement les plus émettrices, particulièrement sur la zone de Fos-Etang de Berre, territoire qui a fait l’objet d’une étude spécifique de l’Observatoire.

L’industrie bretonne complète le podium avec une progression de +3,6% de ses effectifs. Si la Bretagne dispose d’un tissu industriel dense et varié qui s’appuie sur les marchés locaux de l’agroalimentaire et de la construction, elle est aussi ouverte sur le monde, 45% de ses entreprises industrielles déclarant une activité à l’international. Portée par ses industries de pointe, la région a ainsi profité du dynamisme des marchés de la défense, de l’aéronautique et du médical.

Et demain, qui sera la première région industrielle de France ?

Entre 2024 et 2025, le site de l’Observatoire Compétences Industries a publié 12 études régionales. Celles-ci décrivent des paysages industriels contrastés ; elles révèlent les préoccupations et les enjeux des entreprises qui varient grandement d’une région à l’autre ; elles analysent l’adéquation entre offre de formation et attentes des entreprises. Certaines comportent un travail de prospective visant à évaluer les besoins de recrutement d’ici 2030. Sans surprise, les régions leaders, Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes le resteront durablement. En cumulant évolution des effectifs, départs en retraite et mobilités externes, on estime que les entreprises de ces deux régions devront recruter respectivement 83 000 et 55 000 salariés par an d’ici 2030. Un défi RH colossal ! Les régions de l’Ouest et du Sud poursuivront sur leur tendance. Mais d’autres régions industrielles historiques, non citées dans les palmarès, n’ont pas dit leur dernier mot. Dans les Hauts-de-France, dont l’emploi industriel a fortement reflué depuis les années 2000, des investissements industriels massifs ont été engagés pour tirer profit de l’électrification des modes de transport et des procédés industriels. In fine, la recherche de la première région industrielle de France dessine surtout le portrait d’une industrie plurielle, aux spécificités régionales affirmées et qui, plus qu’hier, se déploie sur l’ensemble du territoire hexagonal.

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