Panorama de la branche des Industries pétrolières

Les multiples défis des industries pétrolières

Les effectifs des industries pétrolières se sont stabilisés autour des 34 000 salariés depuis plus de dix ans. Derrière cette apparente stabilité, se cachent toutefois des évolutions significatives dans les besoins en compétences des entreprises ainsi que des problématiques liées au vieillissement des effectifs. Le Panorama annuel de la branche des industries pétrolières met en lumière les spécificités du secteur et permet de mieux cerner les principaux défis auxquelles les entreprises sont confrontées.

Une recomposition des pôles d’activité

Entre 2000 et 2017, les effectifs des industries pétrolières sont passés de 44 000 à 32 000 salariés, avant de remonter progressivement jusqu’à 33 700 en 2024. Ce mouvement, comparable à celui observé dans l’ensemble de l’industrie, s’est accompagné d’une transformation marquée des équilibres entre les différentes activités du secteur. La part du pôle Production et transformation (raffinage, carburants, huiles et lubrifiants, produits pour la pétrochimie) dans les effectifs totaux de la branche, bien que restant majoritaire en nombre de salariés, s’est fortement réduite, passant de 42% en 2008 à 28% aujourd’hui. À l’inverse, les fonctions support, les activités de distribution et stockage, ainsi que la Recherche et développement ont progressé. Cette dernière occupe désormais près d’un quart (24,1%) des salariés de la branche, un niveau nettement supérieur à la moyenne de l’industrie.

La répartition géographique des activités révèle également une forte concentration et une spécialisation des territoires. Six bassins d’emploi rassemblent les trois quarts des effectifs nationaux de la branche. L’étang de Berre et l’embouchure de la Seine (Le Havre et Lillebonne) concentrent les activités de production. Alors que le Béarn est presque tout entier consacré aux activités de R&D, le Rhône, plus équilibré, y consacre près de la moitié de ses effectifs. L’Île-de-France accueille l’essentiel des fonctions support de la branche et une moitié des effectifs de la R&D.

Un niveau de qualification en hausse à tous les niveaux

Dans les industries pétrolières, près de la moitié des salariés sont ingénieurs et cadres devant les techniciens et agents de maîtrise. Cette proportion, largement supérieure à celle observée dans le reste de l’industrie (28%), a progressé de manière continue, passant de 37% en 2008 à 49% en 2023. La véritable originalité du secteur réside dans le poids de la R&D : les entreprises de la branche emploient 4 000 ingénieurs et cadres de recherche, soit 12,4% des effectifs contre 6,7% dans l’ensemble de l’industrie. Les recrutements dans ces métiers sont orientés à la hausse, tout comme ceux des techniciens de R&D.

Au cours des quinze dernières années, les ouvriers non qualifiés, qui représentaient 8% en 2008, sont passés sous la barre des 1% au profit des ouvriers qualifiés dont la part atteint désormais 14%. Chez les ouvriers, les manutentionnaires ont laissé la place aux conducteurs d’installation lourde. Cette montée en qualification se retrouve dans les niveaux de diplômes des recrues. La part des recrutements à Bac+3 est ainsi passée de 20% en 2008 à 32% aujourd’hui, tandis que les recrutements sans diplôme ont quasiment disparu.

Vieillissement des effectifs et nouveaux besoins de recrutements

En quinze ans, la part des salariés de plus de 50 ans est passée de 31% à 37%. L’âge moyen des salariés de la branche s’établit désormais à 45,3 ans contre 43,5 ans pour l’ensemble de l’industrie. Le vieillissement des effectifs concerne tout particulièrement les professions intermédiaires administratives où près d’un salarié sur deux a plus de 50 ans. Les ouvriers qualifiés sont plus jeunes. Mais pour quelques métiers de techniciens (Production et contrôle qualité des industries de transformation, Installation et maintenance des équipements industriels), la part des salariés de plus de 50 ans dépasse les 40%.

Selon l’enquête, 90% des employeurs se déclarent préoccupés par le vieillissement des effectifs et par la nécessité de compenser les départs à la retraite. La transmission des savoir-faire est un enjeu majeur : 29% des entreprises mettent en place des entretiens de fin de carrière intégrant un plan de passation, 21% recourent à la retraite progressive et une proportion équivalente travaille à formaliser les connaissances des seniors. Des initiatives sont également mises en œuvre pour accompagner les fins de carrière et prévenir les risques professionnels, telles que des formations aux gestes et postures (43% des entreprises répondantes), un suivi spécifique avec la médecine du travail (29%) et des équipements plus ergonomiques (21%).

Les défis du secteur des industries pétrolières

Attirer de nouvelles forces vives reste un défi. D’autant que 64% des entreprises du secteur, soit 6 points de plus que la moyenne de l’industrie, déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. L’âge moyen des recrues en CDI atteint par ailleurs 40,5 ans. L’alternance représente un levier clé des entreprises pour leurs recrutements. Ceux-ci représentent 4,1% des effectifs et préparent, pour les trois quarts d’entre eux, des diplômes menant à des fonctions support. À l’issue de leur formation, 42% sont recrutés en CDI ou en CDD par la même entreprise.

Les compétences doivent également évoluer avec les mutations du secteur. Au cours des dernières années, la moitié des entreprises interrogées ont perçu des transformations importantes dans certains de leurs métiers en lien avec des évolutions réglementaires et la transition écologique : gestion environnementale, économie circulaire, traitement des déchets… Les employeurs gardent cette thématique en tête en anticipant, pour les cinq années à venir, de nouveaux défis plus techniques relatifs à l’hydrogène, aux biocarburants, aux énergies renouvelables et à la capture et valorisation du CO2. Mais la préoccupation majeure, citée par près d’un employeur sur deux se rapporte à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la gestion des données. Le recrutement ciblé sur de nouvelles compétences, les mobilités internes/reconversions professionnelles et les plans de formation figurent parmi les leviers RH mobilisés par les entreprises pour intégrer ces transformations.

Le renouvellement des générations, l’attractivité des métiers et l’adaptation des compétences apparaissent ainsi comme trois enjeux étroitement liés pour accompagner les évolutions des industries pétrolières.