Les industries de la Mode et du Luxe : les formations en lien avec les transitions écologique et numérique
Les transitions : une nécessaire adaptation des compétences
La filière Mode & Luxe, qui représente 154 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 1,7 % du PIB, est confrontée à une double transformation écologique et numérique, avec un fort besoin de renouvellement et d’adaptation des compétences. Les transitions s’imposent dans un contexte de croissance continue, de difficultés de recrutement (plus de 10 000 postes techniques par an) et d’évolution réglementaire (AGEC, climat, REACH). Elles affectent l’ensemble des maillons de la chaîne – création, production, vente, qualité, logistique – avec des intensités variables selon les métiers et les branches. Le Contrat Stratégique de Filière Mode & Luxe sollicite ainsi l’adaptation des formations initiales, continues et des certifications, afin de doter les entreprises des compétences nécessaires aux mutations en cours.
L’étude porte sur sept branches : textile, habillement, couture parisienne, maroquinerie, bijouterie‑joaillerie‑orfèvrerie‑horlogerie, industrie de la chaussure et des articles chaussants, ainsi que cristal‑verre‑vitrail. Ces univers, bien que distincts, partagent des enjeux communs tels que la traçabilité, l’écoconception, la digitalisation des processus de création et de vente, ou encore la protection des matières précieuses et des savoir‑faire.
La démarche s’appuie sur une analyse documentaire, des entretiens avec les organisations professionnelles et des organismes de formation, une enquête en ligne, un benchmark international et des ateliers de préconisations. Elle comprend la cartographie des besoins en compétences, le recensement de l’offre de formation, l’analyse de leur adéquation et la formulation de recommandations.
La transition numérique généralement mieux intégrée que la transition écologique
260 certifications couvrent les métiers « cœur » ; plus de 120 formations relatives à la transition écologique et une trentaine sur le numérique ont été recensées.
70 % des entreprises citent le coût des transitions comme frein majeur, suivi du manque de formations et de la difficulté à adapter leurs outils et processus. Les métiers les plus impactés par les transitions sont la création‑conception puis la production‑assemblage et, dans une moindre mesure, les achats‑ventes.
Les constats majeurs montrent que la transition numérique est généralement mieux intégrée que la transition écologique, notamment via les outils CAO/DAO, le marketing digital ou les systèmes de gestion (GPAO).
À l’inverse, la transition écologique reste moins bien structurée dans les formations initiales : absence de référentiels RSE communs, sensibilisation inégale, prise en compte limitée de l’écoconception, des matériaux durables ou du cycle de vie. Les besoins en compétences se concentrent sur quelques thèmes clés : veille réglementaire, optimisation des procédés pour réduire les déchets, substitution de produits toxiques, traçabilité, analyse de cycle de vie, gestion des données, cybersécurité et maîtrise des outils numériques de création. Des disparités existent entre petites structures – souvent peu outillées – et grandes maisons, plus matures.
Des pistes d’actions stratégiques pour accompagner l’évolution des compétences
Pour la transition écologique : développer des modules courts d’acculturation pour salariés et dirigeants, professionnaliser les formateurs, créer des « badges » certifiants sur les matériaux durables et le recyclage, adapter les référentiels des certifications (conformément au décret 2025‑500).
Pour la transition numérique : renforcer les compétences numériques socles grâce à Clic&Tech, Pix et CléA ; accompagner les TPE dans leur visibilité numérique et l’e‑commerce, structurer une offre dédiée à l’IA (usages, limites, éthique).
L’étude recommande enfin la mutualisation de ressources pédagogiques sectorielles et la mise en place d’un collectif Mode & Luxe pour diffuser les bonnes pratiques et harmoniser les contenus de formation.